Journée mondiale de la médiation équine #EASday

Nous célébrons en ce 29 juillet la 1e journée mondiale de la médiation équine : une initiative de la fédération HETI pour créer du lien entre praticiens du monde entier, et rendre hommage aux pratiques en rappelant d’où nous venons et ce qui nous relie.

Pour participer à cette journée exceptionnelle, nous avons choisi de vous parler de l’histoire de la médiation équine au travers de Lis Hartel, non pas au travers de ses victoires, mais au travers de ses chevaux.

Gigolo, Jubilee et Limelight : les chevaux de Lis Hartel

Nous avons tous appris que c’est un peu grâce à la victoire olympique de Lis Hartel en dressage le 29 juillet 1952, où elle décroche une médaille d’argent, en cumulant l’exploit, qui fît le tour du monde, d’être tout à la fois la 1e femme à concourir et gagner à niveau international, la 1e civile (jusque là seuls les officiers pouvaient participer) mais aussi la 1e personne handicapée (les épreuves paralympiques n’apparaîtront qu’en 1984). 8 ans plus tôt, elle avait été condamnée à la chaise roulante après avoir contracté la poliomyélite et en être resté paralysée des bras et du thorax aux genoux.

Ce qui est moins connu, c’est qui ont été les chevaux qui l’ont accompagnée et portée à ce niveau.

Lis était têtue, et surtout elle n’était pas prête à renoncer à sa passion pour les chevaux : quand le diagnostic tombe, tout s’effondre, mais pas ses rêves. Elle est déjà championne du Danemark en dressage avec son cheval Gigolo, et c’est pour lui qu’elle va braver l’interdiction médicale de remonter, et c’est pour pouvoir remonter qu’elle va s’astreindre à un programme intensif.

Dans un premier temps, elle se fait fabriquer des machines d’exercice pour ses jambes et ses bras, avec des poids et poulies, puis avec 2 vélos bricolés qu’elle doit mobiliser les pieds attachés aux pédales. Quelques temps après, elle se sent prête et demande qu’on l’amène aux écuries : avec l’aide de son mari, et au prix de terribles souffrances, elle se remet en selle sur Gigolo et y reste pendant 3 minutes avant de devoir redescendre de douleur et garder le lit pendant 3 semaines. Puis de remonter quelques secondes de plus avant de devoir garder le lit quelques heures de moins, et de jour en jour retrouver un peu plus de mobilité et d’aisance, au point de recouvrer l’usage des bras, du tronc et des cuisses. Mais elle restera paralysée en dessous des genoux, ne pouvant monter ou descendre seule, ni se tenir debout sans cannes ou sans aide.

Pour autant Gigolo était un cheval trop athlétique : peut-être trop sensible, déjà trop travaillé, trop puissant : le bon cheval de dressage était devenu trop difficile, il ne s’adapte pas aux troubles de Lis qui ne peut pas retrouver son niveau avec ses bras affaiblis, maintenant qu’elle ne peut plus se servir du bas de ses jambes, et qu’elle ne peut plus guère compter que sur son poids du corps comme aide.
Et le hasard avait voulu que les parents de Lis Hartel avaient aussi une jument de promenade, qui ne ressemblait à rien : le dos long et plutôt creux, une tête élancée, une morphologie assez quelconque et peu flatteuse, et manifestement aucune prédisposition sportive. Mais Jubilee avait d’autres qualités : le calme, la patience, et certainement une forme d’intelligence rare qui firent qu’elle devint, malgré ses maigres atouts de départ, le cheval attentif qui compensa le handicap de sa cavalière et la propulsa au plus haut niveau en progressant avec elle.

La fille de Lis Hartel expliquera que Jubilee était si sensible qu’elle était capable d’adapter complètement son attitude en fonction de qui la montait, mais n’était jamais si légère, précise et dévouée que quand c’est Lis qui la montait avec le peu d’aides dont elle disposait. La jument semblait comprendre et compenser. C’est avec Jubilee que Lis retrouve son autonomie et se remet à performer ; et si elle entretenait des relations fortes avec tous ses chevaux, ses proches confirmeront que c’est Jubilee avec qui elle a partagé toute son affection et qui fût la jument de sa vie.
C’est avec elle qu’elle gagnera, en surmontant bien des embûches, doutes et renoncements avortés jusqu’à l’heure des épreuves ultimes, l’argent de 1952 à Helsinki. Mais aussi l’or national au Danemark en 1952, 53, 54 et 56, l’or aux championnats du monde à Aix-la-Chapelle en 1954, puis à nouveau l’argent olympique à Stockholm en 1956.

Jubilee et Lis Hartel en 1954

En 1956, la retraite est sonnée, mais sera hélas de courte durée pour Jubilee : quelques mois après, elle déclare une boiterie, les soins ne sont pas efficaces, les complications s’enchaînent, et la jument doit être euthanasiée en juin 1957, laissant Lis dans une profonde tristesse.

Lis Hartel poursuivra sa carrière de cavalière avec Limelight, qui malgré son bon cœur n’aura pas les qualités exceptionnelles de Jubilee, et avec qui elle n’ira jamais plus loin qu’au niveau national. C’est toutefois avec lui, de gala en gala aux 4 coins de monde, que Lis fera la promotion des bénéfices de l’équitation thérapeutique, qu’elle collectera des fonds pour la recherche sur la polio, et créera une fondation pour y pourvoir. Limelight sera en quelque sorte l’ambassadeur du succès de Jubilee.

Les enfants de Lis confieront que la carrière sportive de leur mère s’était en fait terminée avec celle de Jubilee : la jument bai avait été bien trop exceptionnelle, généreuse et inspirante pour pouvoir être remplacée, et c’est finalement à pied que Lis terminera sa carrière comme coach sportive.

Si bien des cavaliers souffrant de handicaps ont eu des parcours inspirants, il faut reconnaître que l’histoire de Lis Hartel est devenue un mythe fondateur non pas seulement par le parcours sportif exceptionnel qu’elle a réalisé, mais aussi et certainement avant tout parce qu’elle s’est trouvée sur sa route d’une jument à l’intelligence extraordinaire qui a démontré avec une humilité rare combien un cheval hors du commun peut changer le destin d’un humain.
A ce titre, la médiation équine d’aujourd’hui doit certainement tout autant à Jubilee qu’à Lis Hartel, et cet article lui rend un peu de l’hommage qu’elle mérite !

Sources et liens

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